1. Lettre de motivation Les souches, récit des ruines et création numérique. Pourriture, corps, machine, data. Michèle HAENNI V SACRe

Lettre de motivation

  1. Intention artistique

La création prend les souches comme figure de résilience pour explorer les possibilités spécifiques de la forme artistique numérique et poétique dans un contexte de rupture historique, écologique, sociopolitique et épistémologique. À travers l’écriture créative et le média design, pourriture, corps, machine, data, explore la matérialité et l’agentivité en se posant la question si un art relationnel par les technologies numériques est possible. Avec une approche écophénoménologique son objectif est de faire des souches une source de connaissances générative et interactive.

Pourquoi les souches ?
Depuis 2020, la forêt est au cœur de mes recherches, je photographie, filme et dessine minutieusement ses motifs ou courbes et sa dynamique relationnelle que je confronte à la polysémie du mot bois. Débité en planches, ses branches coupées en bûches ou en poutres de construction, même devenu matériaux, la matérialité du bois porte en lui le souvenir de la forêt. Pour aborder la question de comment se mettre en lien avec la nature, j’oppose l’expérience de son énergie, de sa présence, de ses implications symboliques et narratives, à la gestion des ressources naturelles et ses implications culturelles. La réflexion sur les transformations de la nature par l’homme focalise sur les cycles de production, une alliance d’imaginaire et de réalités extrêmes. Dans ce contexte anxiogène, des forêts coupées et la souche au forme monstrueuse permet de penser la fin en terme de renaissance, rien que cela elle est déjà une image bienfaisante. La souche est une source d'histoires et de récits, elle a une valeur de refuge, de résilience et elle incarne la relationnalité. La recherche interdisciplinaire a dévoilé la dimension sociale, historique, biologique et philosophique qu’explore la partie théorique.

Imaginaire des ruines?
La recherche pousse plus loin le constat de la coupure avec notre lien à la nature, en se focalisant sur la question de comment écrire sur les ruines du progrès et des grands discours, après une catastrophe nucléaire ou pour les survivants de la guerre. Considérées comme du bois mort, les souches transforment la blessure dont elle tire son origine en une matière vivante, un réseau interspécique et symbiotique animé par une dynamique relationnelle. Elle est un modèle pour penser le soin, la conservation, la réparation face à la violence faite à la nature et aux humains. L’Anthropocène a généré un imaginaire des ruines, de la perte et de destructions, de la fin, du refuge, l’imaginaire ne suffit plus dans ce contexte il fait place à des récits situés, de l’entrelac organique et chaotique, de monstres cyborg, et des actions immersives et participatives interdisciplinaires.

  1. Problématique de Recherche-Création

L'enjeu de la création est d’expérimenter la dimension polysensorielle par l’art numérique et comment articuler les récits sur l’Anthropocène. La théorie porte une attention particulière à la matière et au corps, quelles sont les modalités de contact avec le vivant à travers les dispositifs technologiques ou scientifiques, le langage et l'écriture créative, la machine, le corps et l'image? Le langage, la poétique et des actions
entre écriture scientifique et écriture créative combinée, les données, les affects et les écosystèmes complexes, révèlent la dynamique relationnelle et la coexistence symbiotique dans le contexte postindustriel. Suivant la philosophie du partage et la figure de la résilience, la recherche et la création cherchera quelles actions artistiques mener, pour travailler l’attention et le soin, la conservation, la réparation face à la violence faite à la nature et aux humains.

  1. Méthodologie : L'articulation Pratique/Théorie

Base de données créatives
Le volet réflexif sera documenté par un carnet de recherche, des poèmes, des croquis, des montages vidéos, des notes de lectures et des récits d’enquête. Il constitue une base de données dans laquelle la théorie et la création viennent puiser. J’utilise essentiellement Obsidian comme environnement de travail, cet outil de prise notes se présente comme une « base de connaissances personnelle » qui cartographie les contenus. Les notes détaillées sont liés ensemble par un système d'indexation basé sur les métadonnées, il connecte les données avec des tags, des propriétés YAML et des contenus Markdown. L’originalité d’Obsidian est qu’il relie les notes par logique thématique ou fonctionnelle et non par hiérarchie de fichiers. Ils se présente comme un espace dynamique qui évolue avec les idées et les projets, les intuitions. Les notes ne sont pas figées, mais un point de convergence stratégique entre les savoir, les projets et les réflexions personnelle, stockées dans une bases de données avancée avec des fonctions graphiques, d’extraction et de visualisation.Il crée des poches d'informations interconnectées sous forme d'hyperliens sur des pages Web telles que Wikipédia. L'intégration et l'assimilation des connaissances grâce à la possibilité de « visualiser » son apprentissage personnel sous forme graphique permet de formuler de nouvelles idées et d'innover dans plusieurs disciplines et au-delà des frontières académiques traditionnelles. Les graphiques permettent aux chercheureuses de prendre du recul et de visualiser leurs connaissances sous forme de réseau, mettant ainsi en évidence des liens naissants et fortuits entre les notes d'idées, les réflexions, les concepts, les citations et les questions qui se développent progressivement. Cette méthode a optimisé mes méthode de recherche, elle me permet de créer rapidement du contenu à partager et de les préparer pour l’édition et le codage créatif.

Multimédia et codage créatif
Le processus de création numérique consiste à annoter et séléctionner des éléments dans la base de données puis de les transformer avec différentes techniques de traitement de l’image et de montage vidéo de gifs animées. TouchDesigner (TD) me permettra de prototyper rapidement mes idées avec des générations visuelles 2D génératifs et la création de motifs, textures, formes géométriques et dégradés complexes, d’introduire du bruit et du grain et de la matérialité. Le traitement vidéo en temps réel permet des effets, filtres, correction colorimétrique, flous et compositing avec des feedback et des loops pour la création d'effets de traînées (trails) et des visuels complexes. La photogrammétrie pour la 3D sera aussi expérimentée par des captations avec polycode et avec TD qui utilise un technique clé pour afficher des milliers d'objets 3D complexes sans ramer, en utilisant des données 2D, il propose aussi la création de systèmes de particules 3D complexes qui réagissent aux forces, aux collisions et aux textures. Le protocole n’est pas encore fixé ce travail nécessitera un encadrement spécifique.

L’originalité du projet est qu'il associe écriture créative, la curation de données créatives et le codage. Cette manière d'aborder le sujet des souches dans le contexte de l’Anthropocène permet d’agencer de manière comparative les récits issus des souches de manière cohérente dans un dispositif de montage texte-image qui fait apparaître un nouveau sens. Les textes et images produits pour la partie théorique servent de trame narrative à la création numérique. Le codage opère une transformation des images et leur hybridation avec le texte, il leur confère une profondeur poétique et un relief matériel qui donnent sens à l’esthétique numérique en accord avec l’éthique environnementale développée dans la thèse. Le rendu explore la matérialité brute du numérique et du collage, le son, le corps et la transformation, et ouvre une dimension expérientielle et générative. Les technologies utilisées offrent des moyens de diffusion multimodals adaptés à divers contextes, sur un site web, dans l’espace ou un lieu spécifique.

Le résultat final est un mémoire hybride, il combine les études spéculatives sur les souches et une création numérique d’une série de souches auto-génératrives au mouvement et au son qui sont hébergées sur un site web et peuvent être projeté en mapping dans l’espace physique. Les images en perpétuelle transformation constituent le fond visuel animé sur lequel se stratifient les diverses couches de sens qu’ont mis en lumière les études, comme la dimension pluriverse, de micro habitat, la multispécificitéet la coexistence.
 
3. Faisabilité
Pour prospecter sur le média design je collabore avec Peter Ha diplômé de la HEAD, nous avons évalué la faisabilité technique de la création numérique, les technologies, outils et compétences nécessaires disponibles et adaptésaux besoins du projet. Cela impliquera d’analyser la compatibilité, l’évolutivité, la sécurité et la fiabilité de TouchDesigner intégré dans un site web. Je pourrais compter sur les compétences de l’équipe de la de l’ensadLAB et si besoin, par des formations complémentaires sur des techniques spécifiques. J’ai aussi accès aux équipements et infrastructures de ma structure d’édition qui a mené des projets d’édition numérique auparavant. TouchDesigner est un programme facile d’abord et peu coûteux durant la première année je mettrai en place la base de données et l’environnement de travail en média design. Le travail en laboratoire et par des collaborations me donnera les compétences nécessaires en codage créatif.
Pour la création écrite de la trame narrative des souches numériques, la collaboration avec le centre GRIVES à l'UQAM propose un environnement de recherche transversal dans l’axe de mes recherches sur la forêt et la création numérique.

Le projet est financièrement viable touch designer et très peu coûteux et les possibilités de développement ultérieur par le mapping espace d’exposition ou extérieur sont nombreuses. Les séjours de recherche entre SACRe et l’UQAM bénéficient du réseau de recherche-création en arts, cultures et technologies hexagram qui soutient la recherche-création par des bourses de mobilité.

  1. Pourquoi entreprendre cette recherche maintenant ?

Suite à l'obtention de ma spécialisation en sciences historique de la culture à l’UNIL en 2016, j'ai enseigné la gestion de projet dans l'enseignement secondaire et continué ma pratique d'écriture créative et d'édition de livres d'artistes. De formation en littérature comparée, mes recherches sur les livres d’artistes de Michel Butor et dans le multimédia interactif à l'UQAM m'ont amené à réfléchir au support d'édition numérique. Avec une bourse d'écriture numérique j'ai développé entre 2019 et 2021 une Archive virtuelle des objets cassés sur le motto “ raconter pour réparer ”, suivi en 2023 par un projet de storytelling pour les réseaux sociaux lors du festival de La Fureur de lire à Genève.
J'ai été active dans le domaine des livres d'artistes jusqu'en 2020, une année qui a marqué une rupture brutale dans mon parcours de vie. J'ai repris une pratique de dessin dans un but curatif. Mes marches et mes lectures sur les arbres, les paysages sylvestres et la foresterie ont développé un domaine de recherche touffu et réconfortant. Parallèlement, j'ai continué a travailler dans la gestion de projets culturels ce qui a généré des revenus pour ma famille, mais ralenti mes recherches artistiques. Mes recherches ont néanmoins constitué une base de données conséquente sur les souches. Il y a peu de sources spécifiquement sur le motif de la souche, on en trouve cependant dans la littérature posthumaniste et du nouveau matérialisme, leur approche a ouvert le champ de l'étude sur les souches comme système complexe et son agentivité. En 2025 j'ai été invité à l'ethnolab de Osaka pour intervenir sur mon approche polysensorielle dans la recherche en arts. J'ai mené une résidence durant trois semaines avec l'objectif d'explorer comment travailler avec la forêt par des projets communautaires, la recherche et la création.
J’aimerais maintenant passer de chercheuse indépendante à me consacrer entièrement à la recherche, intégrer des laboratoires et groupes de recherche et bénéficier d’un encadrement centré sur ma pratique. La recherche doctorale facilite les partenariats et offre des ressources en formation et techniques pour produire ma création. Même si je fonctionne très bien de manière autonome, je souhaite me mettre à l'écoute de l'encadrement offert par l'ensadLAB de même que par l’UQAM, j'ai pris mes dispositions pour être présente à Paris et au Québec, où je dispose de possibilités d'accueil nécessaires. Le doctorat de recherche-creation n’existe pas en Suisse, il dépend d’un partenariat que je n’ai pas pu intégrer faute de ne pas être diplômée en arts, ceci a retardé ma décision et ralenti les démarches. Par contre le Québec est tant que précurseur dans le domaine de la recherche-création et de la création numérique offre un réseau de soutien conséquent qui peut valider la faisabilité du doctorat. Ce qui a motivé ma candidature par dessus tout, est que j'ai pu constater que le sujet sur les souches touche un large public, ses replis créent des connaissances et des émotions, elles ont la capacité de transformer les consciences et de proposer des actions créatives de réparation.
Mon parcours professionnel et ma formation aux concepts clés du livre d'artiste (images et texte et production de sens), avec un intérêt pour le collage, le dispositif graphique et la sémiologie de l'image, me seront utiles pour l’étude des aspects formels des livres de Tsing et Haraway. Les projets de création numérique que j’ai menés me donnent les outils pour évaluer les dispositifs numériques et leur lisibilité. Je me suis intéressée récemment aux aspects curatifs de l'écriture dans les nouveaux médias, et me suis formée au Carnet créatif d’Anne-Marie Jobin dans le but de mener des workshops sur l'écriture de soi pour penser la forêt.

Projet professionnel
Mener une activité de recherche-création est le substrat idéal pour mon parcours pluridisciplinaire et mes activités professionnelles. L'invitation récente en tant qu'intervenante par Magdalena Gerber au programme pédagogique pluridisciplinaire du Work.Master 2026-2027 du département des Arts visuels de la HEAD, sur la thématique de la forêt, m'ouvre de nouvelles possibilités sur le terrain, en atelier et par l'enseignement, elle confirme la pertinence de mon sujet de doctorat face aux problématiques de crise actuelles et les débouchés possibles. En plus de ma pratique transmédia d'écriture, de dessin et d'édition, le doctorat présente donc un argument cohérent pour prétendre à un poste dans l'enseignement pluridisciplinaire en arts et sciences et m'offre de partager mes intérêts de recherche par des expériences de terrain motivantes. Mes recherches quant aux dimensions particulières design médias dans une optique du soin me fourniraient des compétences dans l’accompagnement éducatif et culturel au moyen de l’écriture créative et des nouveaux médias.

J’ai choisi de ne pas lier ma candidature à un contrat doctoral spécifique, actuellement je n’ai pas de garanties de financement autre je comprend les enjeux du financement d’un doctorat, je vais déposer pour le mois d’octobre une demande de bourse à la fondation Trudeau au Canada et au S

Introduction

Tous les penseurs de la crise environnementale sont d'accord qu'il faut changer notre manière de concevoir, de produire et de consommer, iles insistent sur l'importance de la narration et les mots, en accordant une place privilégiée à création dans les sciences et au récit d'enquête. Cette recherche-création en humanités environnementales numériques mène une étude sur les souches pour répondre à la question comment écrire sur les ruines des forêts postindustrielles. Elle étudie les possibilités spécifiques de la forme poétique dans un contexte de rupture historique, écologique, sociopolitique et épistémologique à travers les traditions esthétiques, les nouveaux médias et les données créatives. Elle vise à articuler l'écart entre écriture scientifique et écriture créative, les données, les affects et les écosystèmes complexes. Les six études de cas analysent la souche depuis diverses perspectives, dans les approches actuelles de l'éco-phénoménologie, le nouveau matérialisme et l'écocritique: les champignons de l'enquête en anthropologique que mène Anna L. Tsing mettent en avant l’agentivité multispécique des forêts postindustrielles en ruine, les implications historiques et sociales dans le contexte de la globalisation, dynamique relationnelle comme un déclencheur, un catalyseur et de modèle d’enquête pluridisciplinaire qui combine écriture scientifique et création; la valeur de refuge de la souche chez Jim Harrison et Jean Hegland font dialoguer pouvoir poétique et l'imaginaire SF; les monstres trans post-humanistes de Karen Barad soulèvent des questions épistémologiques; les piles de compost des récits SF du trouble de Donna Haraway nous parlent de cyberféminisme et de l'histoire des consciences par le biais de la biologie; la souche résiliente participe à une philosophie du partage et de l'espérance énoncée par Corinne Pelluchon; et les barrages de castors des récits décoloniaux de l'activiste conteuse critique Leanne B. Simpson nous racontent des économies politiques, la gouvernance et les modes de vie autochtones.

Parcours
Ma proposition de recherche s'inscrit dans la continuité de mon parcours pluridisciplinaire axé autour des questions formelles d'écriture créative, l'édition papier et numérique multimédia, sur des sujets comme les mémoires affectives, les arbres et la forêt, dans une perspective curative. Mes études de bachelor en communication (UQAM) - en écriture créative, vidéo et multimédia interactifs, et un master en littérature comparée (UNIGE), m’ont amené a participer à des colloques sur la sérialité et la lecture des dispositifs de montage dans les livres d’artistes de Michel Butor. Je me suis spécialisée en sciences historiques de la culture (SHC UNIL) en édition web, et travaillé sur l'interface numérique de l'exposition du cabinet iconographique au musée de l'Élysée. Depuis que j'ai cofondé les micro-éditions de livres d’artistes insideoutbooks en 2007, je suis intervenue sur ces sujets à des tables rondes, workshops et par des articles. Avec la bourse d'écriture numérique 2019-2021 de la ville et du canton de Genève, j'ai prototypé Patch : L'archive des objets cassés, et suivi la Summer School Digital Humanities d’Oxford pour me former sur les archives numériques. Patch expérimente l'écriture de la mémoire, les archives affectives dans l'angle de la création numérique, avec comme moto « raconter pour réparer ». J'ai exploré les possibilités du storytelling sur les réseaux sociaux avec la création de stories sur l'album de typographies de Jean Midolle pour la Fureur de lire Genève 2023. Lors de ma résidence de recherche dans les forêts de Kyoto sur la foresterie et l'artisanat en 2025, je suis intervenue aux journées d'études organisées par l'ethnolab du département d'anthropologie de l'université d'Osaka sur le mindmapping polysensoriel des infrastructures énergétiques. Je me suis intéressée récemment aux aspects curatifs de l'écriture dans les nouveaux médias, et me suis formée au Carnet créatif d’Anne-Marie Jobin dans le but de mener des workshops sur l'écriture de soi pour penser la forêt.

Proposition de recherche

La thèse se développe autour de la théorie transformative, elle prend les souches comme figure de l'espérance qui nous permet de penser les ruines de l'exploitation forestière non pas en termes de fin de l'arbre, mais en termes de dynamique relationnelle et de sylvigénèse. L’approche écophénoménologique questionne les modalités de contact avec le vivant à travers les dispositifs technologiques ou scientifiques, le langage et l'écriture créative, et quelles actions curatives peuvent être menées par la littérature et l'art multimédia. Mélangeant différents registres et genres, l'accent est mis sur l'écriture créative dans l'enquête de terrain, la place de l'imaginaire et le storytelling dans les nouvelles technologies - machine, data, corps, et plus largement de l'imaginaire dans les sciences. L'étude comparative et spéculative, explore les pratiques de la création artistique et des humanités numériques environnementales avec une approche éco-phénoménologique et dans l'angle du nouveau matérialisme, en se situant dans les champs des pratiques de la création numérique, suivant les questions éthiques que développe l'étude.

Projet Professionnel

Mener une activité de recherche-création est le substrat idéal pour mon parcours pluridisciplinaire et mes activités professionnelles. L'invitation récente en tant qu'intervenante par Magdalena Gerber au programme pédagogique pluridisciplinaire du Work.Master 2026-2027 du département des Arts visuels de la HEAD, sur la thématique de la forêt, m'ouvre de nouvelles possibilités sur le terrain, en atelier et par l'enseignement, elle confirme la pertinence de mon sujet de doctorat face aux problématiques de crise actuelles et les débouchés possibles. En plus de ma pratique multimédiale d'écriture, de dessin et d'édition, le doctorat présente donc un argument cohérent pour prétendre à un poste dans l'enseignement pluridisciplinaire et m'offre de partager mes intérêts de recherche dans l'enseignement et des expériences de terrain motivantes. Mes recherches quant aux dimensions particulières des nouveaux médias dans une optique du soin me fourniraient des compétences dans l’accompagnement éducatif et culturel au moyen des nouveaux médias.

Engagement

Sur la base de balades photographiques, de rencontres avec des arbres et des souches qui ont initié la recherche, de dessins et de bribes de poésies en prose, de notes de terrain, d'archives, de workshops participatifs, de plantations d'arbres, de mindmapping polysensoriel, etc., cette recherche va développer une méthodologie de l'action transversale avec les nouveaux médias pour mener des pratiques de réparation par les écritures créatives.
Les enquêtes de terrain, les récits, le travail sur la langue et la littérature, porté la réflexion sur les agencements possibles entre l'écriture créative et l'écriture scientifique, sont des avancées vers une littérature relationnelle, une écriture du soin et de la réparation.
la question de la pertinence des technologies dans l'angle de l'approche éco-phénoménologique.
Le carnet de recherche numérique combine l’écriture, le dessin et le multimédia, il est un outil de réflexions, d’esquisses et d’espaces, un mindmapping avec un rôle de sporification de l’information, il va relayer la création numérique. la machine, les données créatives, le corps et l’image
dans une souche numérique.

La recherche en pratiques créatives expérimentera les types de contact et les modalités de production par les nouveaux médias par le carnet de recherche transmédia envisagé comme support d’exposition et de restitution de recherche.


Résumé

ma problématique autour de la question de la matérialité du numérique, de l'expérience sensorielle et les données créatives dans le contexte de l'Anthropocène.

Ce projet recherche-création en humanités environnementales mène des études sur l'exploitation forestière et les couches souterraines de l'écosystème sylvestre à travers la figure de la souche, en se posant la question comment écrire sur les ruines des forêts postindustrielles. La décomposition du bois par les champignons, les mousses et les lichens, met en lumière la dynamique relationnelle des souches et leur potentiel transformateur. En cartographiant les changements sémantiques de forêt à bois, puis humus, nous verrons comment ces transformations reflètent des impacts sociaux plus larges et des expériences littéraires. L'analyse comparative des narrations de la crise combine les études esthétiques, des textes scientifiques et philosophiques, afin de sensibiliser et encourager l'adoption de pratiques critiques. S'y dessine la manière de mener l'enquête de terrain en composant avec et à partir de la forêt, vue comme une co-production que le langage et l'image ont rendus possible d'exprimer selon de nouveaux paradigmes. La pratique se focalise sur l’analyse des processus d'écriture dans les dispositifs multimédias et les modalités du montage afin de proposer des médiations initiant des pratiques de réparation et de soin. L'enjeu de la recherche est de créer un carnet d’enquête numérique qui favorise l'émergence de nouvelles connaissances sur les écosystèmes complexes par l’agencement des analyses, des récits, des matérialités, des données polysensorielles, autrement dit, pour relier des pensées, des imaginaires et des actions.


Introduction et Contexte : Présentation du thème,

Une brève histoire des souches

La souche, en tant qu'élément naturel et métaphorique, occupe une place singulière dans l'art, souvent associée à des thèmes de résilience, de mémoire, de fin et de renouveau. Elle symbolise la survie, une figure de la persistence et de la mémoire, transformant un vestige de destruction en un symbole de vitalité renouvelée. Dans le paysage, la souche est une marque, elle est une source de vie et un micro habitat. Elle représente la force souterraine et la mémoire cachée, sa matière en décomposition évoque la fuite du temps, la mortalité et le cycle naturel de la vie et de la mort. Biologiquement, elle représente un écosystème de bois, cliniquement parlant mort mais essentielle à la vie sur terre, abritant une biodiversité et servant de site de ponte ou de refuge, elle joue un rôle de pépinière pour la régénération naturelle.
La thèse prend les souches comme figure de l'espérance pour penser les ruines de l'exploitation forestière non pas en termes de fin de l'arbre, mais en termes de dynamique relationnelle et de sylvigénèse. L’approche écophénoménologique questionne les modalités de contact avec le vivant à travers les dispositifs technologiques ou scientifiques, et quelles actions curatives peuvent être menées par la littérature et l'art multimédia. L'étude comparative et spéculative, explore la création artistique en se situant dans les champs de la création numérique, suivant les questions éthiques que développe l'étude. L'accent est mis sur l'écriture créative dans la recherche théorique et le storytelling dans les nouvelles technologies - machine, data, corps, et plus largement de l'imaginaire dans les sciences.
Nous verrons comment les artistes contemporains intègrent les questions du mémorial, les flux et les interrelations symbiotiques du mycélium, les formes de coexistence, dans leur langage artistique et accordent une importance à l'expérience, à l'action et au partage.

Contexte

Les penseureuses de l'environnement en crise ne parlent plus en termes de nature, mais du monde terrestre, d’atterrir, habiter le monde, ils appellent à changer de paradigme, de repositionner le social dans l'espace du sensible, de reconnaître la complexité des l'écosystèmes et rendre compte de ces intentions par l'éducation et les actions. Ils portent un intérêt renouvelé pour les matériaux bruts, leur transformation et leur capacité à agir sur le spectateur, pour s'éloigner d'une vision purement idéaliste de l'art, un tournant matériel (Material Turn), souvent en collaboration avec l'anthropologie qui étudie le faire à travers la matière (Ingold; 2013). Le nouveau matérialisme permet de tisser un cadre théorique envisageant les interactions entre le corps humain et l'espace et non-humains en mettant en avant l'expressivité de la matière, son dynamisme et son agentivité. Influencé par des penseurs comme Jane Bennett, Bruno Latour, et Donna Haraway, il s'oppose aux approches strictement conceptuelles. Dans cette optique les matériaux et les objets ont une forme d'action propre, une capacité d'agir (agentivité) qui peut influencer les humains, un «réalisme agenciel » formulé par Karen Barad et son enchevêtrement quantique qui nous montre que la matière et le sens sont inextricablement liés.
La création contemporaine valorise donc un regard qui ressent et réfléchit, plutôt qu'à une analyse purement formelle, plaçant le spectateur au cœur d'un écosystème. Comment sentir ces interactions et les rendre visibles? Venu de l'éthique environnementale, l'écophénoménologie met l’accent sur la recherche sensible, elle définit l'expérience vécue et le corps comme modalité essentielle de la représentation, selon Estelle Zhong Mengual la création artistique permet de renouveler notre sensibilité au vivant et de percevoir le paysage autrement (2021). Dans cette optique, l'art est perçu dans sa dimension expérientielle, comme une rencontre physique avec le monde, une immersion sensorielle (lumière, matière, vivant), centrée sur une «alliances avec le vivant» (Eliasson; 2019). De la même manière, la théorie postmoderne se focalise sur l'identité, elle met l'accent sur caractère fluide et la résistance aux catégories figées, une esthétique relationnelle, avec des projets collaboratifs, qui influencent à la fois la création et l'interprétation de l'art. Mettant l'accent sur les vérités locales et plurielles, cette approche pluridisciplinaire situe la création dans la pratique critique et l'action communautaire.

Pour entrer dans le sujet touffu de la forêt je reviendrai sur les trois principales dimensions du paysage, à savoir l'espace comme principe et la notion de nature et paysage, la capacité relationnelle comme modalité et l'identité subjective comme enjeu, en les abordant à travers les expériences du corps engagé dans cette pratique. Je les situerai dans les approches actuelles de l'écophénoménologie (Pelluchon ; 2025), le nouveau matérialisme et l'écopoétique et le posthumaniste. Les auteurs étudiés renouvellent notre rapport au temps, aux autres espèces, et aux appareils scientifiques, suggérant que la réalité émerge des interventions entre les humains et le monde (Barad ; 1998). Pour comprendre la dynamique relationnelle de la souche je m’intéresserai aux systèmes non-linéaires, l'émergence, l'auto-organisation, l'adaptation, l'interconnexion, qui découlent du comportement de nombreux agents adaptatifs (Collard et al.; 2013).


Problématique : La question centrale à laquelle la thèse tentera de répondre. Elle doit identifier un manque dans les connaissances actuelles.
matière et le sens sont inextricablement liés.
Comment sentir ces interactions et les rendre visibles?
la pratique critique et l'action communautaire.

Partant du constat d'une coupure dans notre lien à la nature, l'étude suggère à la blessure la répartition , l'étude explore la dynamique relationnelle, la transformation et l'émergence au sein de l’écosystème complexe des souches, elle invite à réévaluer nos cadres conceptuels et les méthodes associées, pour penser et travailler avec la forêt.

qu'il n'existe pas une seule manière d'entrer en contact avec la forêt et les arbres. Comment s'opère l'intégration des divers aspects, éléments, énergies et pratiques qui les constituent?

Description

La recherche aborde différents typologies de contacts avec la nature en prenant pour exemple la poutre et la souche, un ensemble antagoniste entre la transformation anthropique ou biotopique de la forêt en bois, en comparant les modalités de transformation de la forêt en bois de coupe ou en humus. Le texte d’introduction Une brève histoire des souches explore le réseau complexe de la forêt, du sous-bois et du réseau souterrain du mycélium afin de repenser notre coexistence avec la nature à la lumière des systèmes biologiques interconnectés et symbiotiques qui animent ces écosystèmes complexes. Par l’écriture créative ce texte poétique expérimente un écriture combinée entre écriture créative et données scientifiques sur le thème de la souche. Les bribes du texte constituent la trame narrative du site web artistique où se trouvent les transformations numériques de ma base de données sur les souches (photographies, vidéos, dessins) que les données créatives vont rendre génératives et intéractives. Les poèmes, notes de lecture et enquêtes de terrain servent d’amorce transgenre et multimodal pour explorer une forme de narratololgie computionnelle. L’ensemble forme un collage numérique avec comme fond un champ de souches numériques qui génèrent des liens déclenchés par le mouvement des utilisateureuses.

Les neuf études de cas en anthropologie, littérature, histoire des sciences, biologie, physique et art contemporain ont toutes un lien plus ou moins proche aux souches en tant qu’agent dans la transformation du bois, la transformation de soi et les pratiques résilientes. Coupure, blessure, cassure, le thèse s’intéresse aux restes, à la pourriture, aux formes hybrides mi mortes mi vivante pour, pour entamer la question de comment écrire dans les ruines. Les souches contredisent un imaginaire de la fin, elles mettent et la dynamique relationnelle, la coexistence symbiotique entre humains et le vivant. L'œuvre poétique de Jim Harrison (2021) et les habitats utopiques des romans de Jean Hegland (2018) mettent en relief la valeur de refuge de la souche. Les formes monstrueuses des souches racontent les formes hybrides et trans des monstres de Karen Barad (2017). Les champignons sur les restes de bois des forêts de la mondialisation que raconte Anna Lowenhaupt Tsing (2017) modélisent les nouveaux cadres conceptuel par un agencement d'éléments hétéroclites. De même, les « piles de compost » des récits posthumaniste du Chtuchulène de Donna Haraway nous aident à penser le «trouble» (2020). Les barrages de bois des castors des récits décoloniaux de Leanne Betasamosake Simpson racontent une protestation radicale ancrée dans une relationnalité profonde et respectueuse (2021). La souche comme figure résiliente sert d'objet de pensée philosophique de l'espérance et du partage (Pelluchon ; 2025) une éthique qui appelle à un changement profond de notre conscience pour repenser notre relation au vivant et en prendre soin.
Certain.e.s auteur.e.s accordent une place privilégiée à l'imaginaire dans les sciences, je me focaliserai sur les questions formelles de leurs dispositifs littéraires hybrides d'un nouveau genre, que ce soit « l'agencement » des fragments hétéroclites que propose Anna Tsing, les narrations SF sur l’utopique Chthulucene de Donna Haraway, ou la poétique des espaces traversés par le corps blessé de Jim Harrison.
Ces études abordent des aspects différents de la souche et fixent le cadre théorique des pratiques en art contemporain: Les souches-mémorial trempées dans l'encre noire de Pascal Convert - qui explore des thèmes de mémoire, de destruction et du mémorial de guerre, prennent sens par leur matérialité (verre, résine, matières organiques). Takashi Kuribayashi, se pose la question de comment continuer à créer face au traumatisme de Fukushima, son installation expérientielle Oya Genkiro n° 6 (2024), ressemble à une souche géante se dressant dans un espace souterrain avec un sauna à l’intérieur. La série Genkiro combine des expériences liées à la santé et la destruction nucléaire est une forme de philosophie de la résilience. L'installation immersive Symbiotic seeing d’Ōlafur Eliasson explore la relation entre les êtres humains, la nature et la robotique, par les sens (2020), elle réussit le passage d’une position d’observation distante, à une immersion polysensorielle, et de rendre possible la coexistence entre vivants et non-vivants. Ces œuvres nous offrent un aperçu des applications dans l’art contemporain des concepts du nouveau matérialisme, des pratiques de réparation et de l’approche écophénoménologique. L’ensemble des études de cas sur les souches, pluridisciplinaires, donnent un panorama de l’état de l'art sur les questions environnementales. Les questions éthiques sont au cœur de ces pratiques de recherche et de création, qu’en est-il de l’utilisation des technologies numériques et sa capacité à augmenter et synthétiser, à créer des visualisations au lieu d’expériences sensibles? Dans un logique où la matière et le sens sont inextricablement liés, comment sentir ces interactions et les rendre visibles? Ces questions seront expérimentées
la pratique critique et l'action communautaire.

Je me concentrerai sur les innovations formelles et narratives, les dispositifs, visuels et narratifs qui structurent les ouvrages et le montage texte-image qui visent une «réévaluation de la manière dont nous percevons et interagissons avec les forêts dévastées» et créent «un dialogue entre art et science » (Dutrait ; 2021). Nous verrons comment la combinaison de dessins et de photographies organisent le livre d’Anna Tsing par un montage d'éléments hétéroclites, et montrerai en quoi l’agencement texte-image et la structure du livre modélise les nouveaux cadres conceptuels. Sa métaphore du mycélium sera utile d’une part, pour analyser son pouvoir de résilience dans un écosystème dévasté, et de l’autre, pour visualiser comment le mycélium diffuse un réseau de configurations avec d'autres environnements en valorisant l'interaction symbiotique comme modèle de schéma et de mise en réseau numérique (Fricker et al.; 2017).

Pascal Convert explore des thèmes de mémoire, de destruction et du monument mémorial de guerre, il utilise des techniques variées, allant du moulage à la modélisation informatique. En 1995-96, Convert a réalisé des sculptures avec des souches d’arbres ramassées dans la forêt de Verdun, trempées dans l’encre de chine. Ses souches sont des vitrifications de matériaux naturels qui évoquent des événements historiques marquants qui transforment les souvenirs et les traumatismes de la guerre de 14-18. Pour le philosophe Georges Didi-Huberman les souches de Convert comme une «étrange demeure de mémoire», sa lecture polysémique de cet «objet-résidu frappé par la foudre» aborde « la question «topique» de la demeure comme une question «généalogique» (1999). Les Souches de Verdun évoquent les corps mutilés et le trauma que laisse le champ de bataille derrière lui, je mettrai cette image en relation à la nouvelle d’Alphonse Daudet, Un bac, paru en 1871, dont le paysage marqué par la guerre de 1870 dépeint l’identité d’une nation défrichée et exsangue, «avec ses arbres abattus et ses horizons éclaircis».

L’art contemporain japonais post-Fukushima, se construit sur les ruines, les abris et l'imagerie post-apocalyptique (Ferrier ; 2021), comment continuer à créer face au traumatisme atomique de Fukushima? L'artiste japonais Takashi Kuribayashi s’inscrit dans ce contexte, il développe depuis le 11 mars 2011 des installations in situ avec des caractéristiques et une valeur expérientielle. Oya Genkiro n° 6 ressemble à une souche géante se dressant dans un espace souterrain avec un sauna niché à l'intérieur (2024). Avec la série d'installations Genkiro, Kuribayashi combine des expériences liées à la santé et la destruction nucléaire qui se répand de manière souterraine et invisible. Le titre joue sur la ressemblance en japonais des mots «bien-être» et «réacteur nucléaire» en référence à la catastrophe de Fukushima, situé non loin de la carrière de Oya, en effet, la forme de la souche et la vapeur d'eau évoque la cheminée d’un réacteur nucléaire, tandis que le bois de cèdre, les miroirs, les odeurs d’essences médicinales s’ancrent dans la culture du bain au Japon, pour qui la vapeur est un élément revitalisant et une activité sociale partagée. La valeur culturelle positive accordée aux bains de vapeur et le Genkiro, «bien-être», est très présente dans la culture japonaise, comme dans Études vapeur de Ryōko Sekiguchi un récit poétique sur l'éphémère, la transformation, la vapeur, et les nuances sensorielles pour capturer la face invisible des choses (2008).

Dans les installations de l'artiste islandais Ōlafur Eliasson, brume, couleurs, chaleur et mouvement sont convoqués pour explorer la relation entre les êtres humains et la nature par les sens. L'installation immersive *Symbiotic seeing (*2020), agit comme un dispositif qui nous incite à « nous voir tels que nous nous sentons » (c’est moi souligne). Passer d’une position d’observation distante, à une immersion polysensorielle, rend possible la coexistence avec un bras robotisé jouant une composition pour violoncelle (Eliasson et al. ; 2020).

Le carnet de recherche enrichit par la pratique numérique multimodale et offre de nouvelles perspectives méthodologiques avec des outils et des récits pour la recherche pluridisciplinaire et transversale.


Objectifs

Plusieurs objectifs motivent donc la recherche :

Méthodes

S'agissant de rendre compte des dynamiques des écosystèmes forestiers et de leur transformation, la première difficulté a été de fixer une méthode transdisciplinaire qui intègre à la fois des processus naturels et phénoménologiques, des changements humains, des perceptions et des idéologies.

L'analyse relie des œuvres d'époques et de styles géographiques variés, principalement francophone, nord-américain et japonais, avec des réflexions qui portent sur les procédés, les moyens, les règles et les contextes des artistes contemporains qui travaillent sur notre lien à la nature. Ma méthodologie consiste en une approche transversale de motifs, concepts ou sujets communs qui animent les débats en l'art contemporain environnemental, en privilégiant une méthodologie comparatiste pour comprendre les connexions et la persistance ou la rupture de ces motifs. Elle mène une histoire visuelle et culturelle qui étudie les paysages forestiers, les arbres - et les sujets associés, le bois, la pourriture, le mycélium, dans la représentation, la création artistique et la recherche scientifique à travers le motif spécifique de la souche. L'étude littéraire et iconographique met en lumière la pluralité formelle et symbolique du thème de la souche dans des contextes culturels situés. La thèse se base sur le concept général de la résilience et la symbiose qui impliquent une dimension transformative et relationnelle pour faire face à la violence faite à la nature et les guerres. L'étude litteraire des souches-refuge ou des barrages qui construisent des liens et des identités mettra en avant une poétique de l'espace et la revendication décoloniale d'un mode de vie respectueux et inclusif basé sur la connaissance intime de nos semblables animaux, végétaux et tous les éléments cosmiques.
Anna Tsing nous amène des éléments de réponse novateurs et créatifs dans le domaine de l’anthropologie environnementale à notre question « comment créer sur les ruines du capitalisme ». son étude sur le champignon matsutake (Tsing ; 2017) contribue à la compréhension des relations entre les êtres humains et leur environnement, en particulier dans le contexte des interactions multispécifiques et de la résilience écologique. Je me concentrerai sur les innovations formelles et narratives, le montage texte-image qui visent une réévaluation de la manière dont nous percevons et interagissons avec les forêts dévastées, et créent un dialogue entre art et science (Dutrait ; 2021). La méthode comparative met en dialogue Nature writing et récit utopique, les souches à la mémoire des morts sur le champs de Verdun 14-18 avec Didi-Huberman et le récit des
Articulation entre théorie et pratique:
La méthode de recherche s’inspire de la recherche-création, définie comme « un ensemble de démarches visant, au sein de l'université, à tisser et à renforcer des liens entre pratiques artistiques et recherche scientifique, à commencer par la recherche en sciences de l'art, mais aussi plus largement en sciences naturelles et en sciences humaines et sociales afin de produire de nouveaux savoirs » (Di Bartolo, Bonin ; 2024). Elle implique tant un imaginaire algorithmique que poétique et applique une forme d'anthropologie modale (Laplantine ; 2005) pour expérimenter différentes dynamiques et approches de la forêt et des souches.

Les recherche antérieures ont constitué un échantillon d’expériences vécues dans l'espace forestier de la région lémanique entre 2021 et 2024; au Canada de juillet à août 2023; puis à Kyoto en avril 2025. Marches, attentions perceptives et cognitives, le travail sur les cadrages visuels liés à l'espace forestier, conscience du corps et des déplacements, ont défini des champs d'investigations singulières et diverses. L'enquête au Japon m'a apporté des éléments de réflexion sur les actions communautaires en lien avec la forêt, et j'ai pu expérimenter le carnet de recherche numérique. Les recherches artistiques qui en ont découlé (écriture créative, photographies, dessins et récits d'enquêtes), cherchent à rendre compte de la relationalité symbiotique de la forêt en explorant de nouvelles matérialités et formes de coexistence. Ces terrains d’exploitation ont permis d'observer l'impact du médium et des techniques sur les expériences de la forêt et d’évaluer les actions de réparation. Les résultats ont contribué à alimenter une base de données sur les souches dans laquelle la recherche et la création peuvent puiser.

Interface numérique:
La création se présente comme un site web artistique qui héberge une série souches transformées par le numérique qui s'autogénèrent avec le mouvement de l'internaute. Les poèmes sur les souches du texte d’introduction, Une brève histoire des souches, forment la texture narrative du site web, l'écriture créative sert donc de trame aux données créatives. La création répond au contexte dans lequel s'inscrit mon sujet, à la nécessité de changer de cadre conceptuel et méthodologies, et à ma problématique sur la matérialité et les aspects sensoriels de la création numérique.
Elle amène des perspectives novatrices sur la thématique de la transformation et la résilience par des pratiques artistiques de réparation et de soin. Formellement la création expérimentera les modalités du dispositif de restitution numérique interactif et réfléchira quels récits l'Histoire de l'art peut produire pour agir sur l'Anthropocène.


Sa métaphore du mycélium sera utile d’une part pour analyser la capacité du champignon à décomposer le bois et son pouvoir de résilience dans un écosystème dévasté, et de l’autre, pour visualiser comment le mycélium diffuse un réseau de configurations avec d'autres environnements en valorisant l'interaction symbiotique comme modèle de schéma et de mise en réseau numérique (Fricker et al.; 2017).


Écriture sensible

L'écriture créative montrera comment la poésie prend en charge différentes strates du réel et du ressenti et les possibilités de mise en relation qu'elle développe. L'exercice d’écriture consistera à repenser le principe organisationnel de la langue dans l'angle de l'approche sensible, en termes d'état, d'affects et de sensations, elle mène un travail sur les processus narratifs et les représentations que le sensible met en mouvement en analysant les « situations où ces formes se « troublent », voire se « disloquent » (Schaeffer ; 2020). l'écriture de terrain utilise autant le langage poétique, que le récit d'enquête, suivant le contexte, les intentions et les ressentis. Les poèmes et les micro-fictions racontent une rencontre, les images que la rencontre fait naître sont mises en mouvement par une attention poétique portée aux souches. Cette Poétique est adaptée pour retrouver une expérience sensible de la terre, les couleurs, le corps, la matière, le son du vent et des oiseaux participent à l'immersion polysensorielle.

S'agissant de reconfigurer, plus que de déconstruire le langage, la recherche va donc moins s'attacher à trouver des preuves et à structurer un discours de manière à émettre des hypothèses à vérifier, qu'à agencer différentes formes textuelles, mettre en relation des discours discontinus ancrés dans des lieux distincts, afin de faire émerger de nouvelles idées. Cette nouvelle forme de « narratologie du numérique » cherche à transformer des structures logiques comme les rapports de cause à effet, du tout et des parties, du genre et de l'espèce, des contraires, du comparant et du comparé qui tiennent aux capacités d'organisation propre à la langue, au profit d'un modèle de complexité organique. S’éloignant de la Poétique, la conception narrative pour l’interface numérique sera utilisée comme un outil stratégique pour créer ces récits cohérents, selon Colgato Lanza (2025), la principale difficulté est de tirer des récits cohérents à partir de données fragmentées. Il s'agira donc d'interroger le sensible comme forme de connaissance notamment dans les enquêtes de terrain ethnologiques (Copans ; 2025), en définissant les changements conceptuels, les nouvelles modalités de recherche et quels sont les enrichissements réflexifs et participatifs.


Données créatives

L’interface articule les divers récits sur les souches. Le site web artistique sert d’interface de visualisation et de contrôle pour l’utilisateur, son action crée des visuels génératifs réactifs à ses mouvements. La création d’expériences par le « créative coding » où le visuel de fond réagit à la position de la souris prend exemple sur la dynamique relationnelle des écosystèmes. L'image de la souche par son traitement numérique interagit avec le mouvement ou le son, le média design transforme la souche en une matière numérique qui s’autogénère, une source dynamique activé par les interactions. Cette façon d’inter-agir avec la machine selon un modèle organique développe un mode de connaissance qui passe par le corps, déclenche des l’expériences et relie des connaissances.

Agir sur la crise à travers des récits, dans des laboratoires informatiques ou en plein air, racontés par des êtres humains —ou des castors—et organisés par des algorithmes, soulève des questions non seulement de l'influence du langage dans la conception narrative d'un modèle, mais aussi de la modélisation de langages (Caplat ; 2008). il s'agira de pousser plus loin cette logique mécanique qui opère par analogie et s'intéresser aux formes et imaginaires du numérique (Avenati, Chardel ; 2016), les qualités génératives des diagrammes (Dahan-Gaida ; 2023), un « dédale » qui fait émerger de nouvelles idées dans un espace graphique (Ingold ; 2025). Proposer une interface qui se projette sur des langages possibles entre l'homme, la machine et la nature, ne va pas de soi dans le cadre des problématiques environnementales auxquelles réagit cette recherche et qui fait appel à la corporéité et la polysensorialité, il faudra se demander si une « phénoménotechnologie de l'intersubjectivité numérique » fait sens (Vial ; 2014). La conception du dispositif de restitution se basera sur des études sur la rhétorique visuelle dans les environnements numériques (Hocks ; 2003), de même que sur le rapport du design aux humanités numériques (Masure ; 2017). Le prototypage d'un design permettra, d'une part, de mieux comprendre les questions complexes de l’agencement et du montage, et de l'autre, de faciliter la collaboration transdisciplinaire, afin d'instaurer le sentiment de partage des connaissances et de l'existence.

Méthode
La conception de l’interface numérique sera faite avec TouchDesigner, un programme de création d’expériences interactives par le « créative coding », cet environnement de programmation visuel nodal crée des expériences interactives en temps réel. Le programme génère des visuels, 2D/3D (particule, forme, géométrique, texture) qui changent sans cesse et produit des graphismes qui évoluent de manière autonome ou en réponse à des mouvements. Cette méthode rend le collage numérique d’éléments hétéroclites dynamique en stratifiant le sens et le flux, il intègre l’interaction comme moteur et la transformation comme fondement génératif.


Actions

De nombreux colloques contemporains réfléchissent à la notion de sensible, ils proposent de reconfigurer la relation entre les pratiques d'enquête en sciences humaines et les formes du savoir qu'elles engendrent par le faire, Making (Ingold; 2013, 2024). « L'enjeu est de montrer une esthétique transdisciplinaire qui intègre analyse, cognition, émotion et enacting  » (Cozzolino ; 2017). Les propositions d'enquêtes de terrains « avec des pratiques croisées entre chercheurs, artistes et citoyens-experts donnent corps au projet » (Latour ; 2025). Ces projets mettent en exergue la dimension expérimentale et spéculative, et de quelles façons le collectif s'entraîne. Je continue ces méthodes d'investigation des « réflexions spéculatives sur les possibilités offertes à la vie humaine » d'Ingold, d’observer, d'écrire et de créer, qui sont les modalités de ces nouvelles méthodologies. L’interrelation entre connaissances, pratiques situées et ressentis, participe donc à la conception du projet. La mise en commun de l'expérience par des immersions et des actions sur le terrain alimente la réflexion créative et apporte des perspectives sur comment des intentions se transforment en actions. La recherche se réalise par des actions et démarches, des pratiques telles que la création, la médiation par l'éducation artistique et l'intervention dans la société; les modes de conservation et de mise en valeur (Graezer, Bille ; 2023); des projets participatifs de reforestation (Stephen et al.; 2019) ou de protection du patrimoine naturel (Dassié ; 2018). L'immersion sensible, l'éducation et le projet participatif seront la part active de la recherche que je voudrais mener au Québec au sein du groupe de recherche GRIVES
La recherche va se ramifier sur le champ d'action participatif, impliquant les divers acteurs de la forêt : bûcherons, promeneurs, ethnologues, poètes et photographes, microbiologistes, ingénieurs et activistes locaux. De manière collective leur approche vise à stimuler des dispositifs artistiques qui créent des « conjonctions » pour comprendre la dynamique des environnements naturels et agir pour sa protection (Jensen, Morita ; 2020).

Une première phase d'enquête de terrain prospective s'est déroulée en avril 2025, lors d'une résidence de recherche avec l'organisation Perspective, dans la région de Keihoku, à Kyoto. d'explorer comment des espaces de création peuvent devenir catalyseurs d'un changement social durable, non seulement à travers des œuvres artistiques, mais via l'engagement communautaire envers les environnements naturels transformés par l'homme.


Mon travail de chercheuse consiste à préparer les données pour les prêter à l'interprétation - annoter, commenter, extraire, organiser, ce « méta-travail » montre que « la manière dont nous menons nos recherches est aussi importante que ce que nous recherchons » (Pyne, Stewart ; 2022). Les enjeux épistémologiques des humanités numériques sont de ne pas « se laisser entraîner par l’idée naïve d’une production transparente de savoirs par moissonnage des corpus, masse de données qui restent des artéfacts muets en l’absence d’une herméneutique spécifique. » (Gefen ; 2015). Mon étude du vaste domaine des technologies numériques se focalise sur le processus d'écriture et les effets de la lecture, les liens d'interaction et les implications de la narration interactive. Les outils numériques utilisés sont des traces écrites et visuelles, parfois même absentes, dont il s'agit de retrouver le souvenir.


Premières conclusions spéculatives

La recherche combine l'art et la science de manière comparative, elle relie des objets, des matérialités, des pensées, des sensations, des expériences, des observations, des idées, et des intuitions à confirmer. La thèse réexamine les méthodologies utilisées dans la recherche environnementale, en analysant le type d'expériences, de contacts et de phénomènes impliqués. Le travail sur la langue et l’approche polysensorielle fusionne les perspectives biologiques, culturelles, technologiques et poétiques. L’étude examine l'interaction entre l'expérience pratique de la forêt et la en combinant sentiments, connaissances et cultures variées. Abordant la question de comment travailler avec la forêt, l'objectif est d'explorer comment les intentions se traduisent en mesures pratiques. Par la pratique et le soin, la recherche invite à réfléchir aux mécanismes par lesquels les individus ou les groupes mettent en œuvre le changement, en encourageant la conscience quant aux voies choisies pour le progrès collectif. La préservation, la conservation, les préoccupations patrimoniales de ce qui reste invoquent notre responsabilité, prendre soin, sauver, guérir, le bien-être social et cultiver la conscience, sont différentes positions sur ce que la nature nous fait et ce que nous pouvons faire pour la nature, ce qui soulève des questions éthiques et exige des méthodes de recherche sensibles et transversales. Corine Pelluchon nous enjoint d'accepter notre vulnérabilité par une philosophie de la participation pour réparer le monde, de même, l'approche d'Anna Tsing se concentre sur ce qui reste, les paysages en ruine qui abritent des formes de vie dynamiques et imposent des réponses sociales excessives. Les barrages de bois et les barricades de Leanne Simpson nous racontent des relations avec la terre et les non humains, sa conception de la résistance est à la fois une négation du colonialisme et une affirmation positive de la survie autochtone et de la construction du monde.

S'intéresser à la dynamique relationnelle de la souche, c'est adopter une autre approche des paysages en ruine axée sur le pouvoir d'adaptation inhérent au changement et à l'hétérogénéité chaotique. Il s'agit de rendre visible la transformation, de s'inspirer de cette dynamique par des pratiques sociales et écologiques viables, des partenariats et une communauté inclusive, respectueuse de l'environnement, des identités et des genres divers. Cela implique de créer des espaces de prise de conscience et d'interpréter la crise écologique selon de nouveaux paradigmes issus de la pensée résiliente, d'avoir des intentions de changement des modes de production et de consommation. Prendre soin par la reforestation, protéger des espaces de forêt, pratiquer le faire de manière incarnée avec Tim Ingold ou encore en initiant des terrains de recherche collectifs comme Bruno Latour, en sont des exemples. Les études étudiées s'attachent à la dimension sensible de la recherche, à mettre en lumière « l’entrelacement » et « l'enchevêtrement » (the interwoveness and the entanglement), qui s’expriment par le grain, la matière, les fluides, les flux et les atmosphères, et les liens. L’interface numérique intéractive et générative agence les savoirs et les expériences, elle combine les terrains d'explorations forestières, les recherches théoriques et la pratique artistique. L’idée est d’ouvrir un espace d’où émergent des relations créatives entre analyse, affects, sensations et pratiques pour stimuler les consciences et impulser l’action.
La création numérique est donc non seulement un moyen d'expression, mais aussi une interface qui matérialise les relations complexes entre humains et forêts, appelant à une sensibilité qui transcende le binaire et le linéaire dans notre compréhension des écosystèmes. Cela pourrait être un élément de transformation de notre perception du paysage sylvestre et enrichir nos outils analytiques en matière d'écologie affective.

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